La crédibilité des États-Unis face aux événements en Iran

PREMIÈRE PARTIE

Le 28 février dernier les États-Unis lançaient l’opération Epic Fury, tuant le premier jour le guide suprême Ali Khamenei. La situation qui semblait dès le début tourner à l’avantage des États-Unis semble maintenant leur échapper. Il se pourrait alors que l’administration Trump ressorte de cette opération affaiblie, plus exactement décrédibilisée. Posons-nous alors la question suivante : comment le conflit en Iran pourrait-il remettre en question la légitimité de l’administration Trump ? Pour y répondre tentons de comprendre comment ce conflit va dans le sens de la rhétorique de Donald Trump, pourquoi cette rhétorique risque de se retourner contre lui et où peut-elle rencontrer ses limites dans le conflit ?

Il ne nous aura pas échappé que depuis le début de son second mandat le président américain mène une politique interventionniste, allant même jusqu’à réactiver la doctrine Monroe, entre coup de force au Venezuela et menace sur Cuba. C’est dans cette logique qu’il faut voir l’opération Epic Fury. Cet interventionnisme se légitime alors par la volonté affichée des États-Unis de maintenir l’ordre, être les « gendarmes du monde ». Les exemples sont nombreux : les guerres de Corée, du Vietnam, du Golfe ou encore en Afghanistan. Cette légitimité à intervenir à l’étranger peut se justifier par la place prédominante des États-Unis depuis 1945 ; le pays alliant une telle puissance qu’il aurait la responsabilité d’intervenir là où la nécessité s’en fait ressentir.

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L’on peut donc aborder la situation en Iran de la même manière, mais avec quelques nuances. Les relations avec les États-Unis et la République Islamique d’Iran ont toujours été tendues dès la création de cette dernière. La crise des otages en 1979, là où cinquante-deux Américains furent retenus dans leur ambassade à Téhéran pendant 444 jours en est une preuve frappante. C’est à cette occasion que l’on a pu voir un effritement de la légitimité des États-Unis, déjà affaiblie par la guerre du Vietnam. Un effritement qui se poursuivra avec l’échec d’une opération de sauvetage ratée en 1980. C’est plus particulièrement la légitimité des États-Unis à défendre leurs propres citoyens qui est remise en cause durant ces 444 jours. Donald Trump donne déjà son avis sur la situation à l’époque, il la qualifie « d’horreur ». Loin de remettre en question l’hégémonie américaine, les événements de 1979 créent un précédent dans la légitimité des États-Unis en Iran. L’on peut voir alors dans le conflit actuel une tentative de réparer cette humiliation.

Désormais, sous l’administration Trump les États-Unis font leur grand retour en Iran. Armés de la justification double de venir en aide au peuple iranien et d’empêcher la République islamique d’acquérir l’arme nucléaire. Avec une opération d’une telle ampleur, à commencer par les bombardements de l’année dernière, Trump passe un cap. Celui d’une opération à grande échelle, de quoi laver les traumatismes de 1979 et 1980. L’on peut donc voir une tentative, pour l’administration Trump de s’illustrer, s’illustrer comme celle qui aura été capable de faire tomber le régime islamique. Le gain de légitimité pour cette administration, en tout cas dans l’esprit trumpiste peut être grand.

Là où l’administration Trump passe un cap c’est aussi dans l’implication avec Israël. Selon The New York Timesl’implication des deux pays est quasiment égale, peut être la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale que les États-Unis s’impliquent à un tel niveau d’égalité dans un conflit. De cette manière l’administration Trump peut démontrer sa capacité à venir en aide à un de ses principaux alliés. Ceci peut alors être mis en relation avec l’aide américaine en Ukraine marquée par une attitude incertaine de l’administration Trump. Pouvant alors remettre en question la confiance accordée aux États-Unis par ses alliés.

En plus de cette implication nouvelle avec Israël l’on peut voir ici un retour des États-Unis au Moyen-Orient. Certes le pays n’a jamais totalement quitté la région, mais il est aussi vrai que l’on a tout de même pu observer un certain retrait américain, notamment en Afghanistan en 2020, encore sous l’administration Trump. Ce retrait fut critiqué pour le fait qu’il mit fin aux efforts d’une vingtaine d’années et ouvrit la porte aux Talibans. L’opération Epic Fury au moins aussi fortement médiatisée que le retrait de 2020 permet donc à Trump de prouver que de nouveau les États-Unis comptent jouer un rôle dans la région. L’on peut alors aussi supposer une volonté de réaffirmer la capacité des États-Unis à défendre les intérêts de ses alliés, comme les siens dans la région.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’opération Epic Fury, de même que les premières frappes l’année précédente s’inscrivent dans une rhétorique propre aux États-Unis, particulièrement aux États-Unis de Trump. Une rhétorique où l’intervention devient, ou redevient légitime. Il suffit de penser à l’enlèvement de Nicolas Maduro, largement critiqué, mais pleinement assumé par l’administration Trump comme visant à protéger les intérêts américains, autant sécuritaires que pétroliers. Les événements en Iran sont donc à voir de la même manière, justifiés, légitimités par la défense des intérêts américains, mais aussi ceux de ses alliés dans ce cas. Il ne faut pas aussi oublier que l’Iran est vu comme un état dangereux, notamment pour son programme nucléaire. La défense d’une région contre un état de ce type est aussi un topos classique de l’interventionnisme américain, pensons à l’anthrax en Irak, la drogue au Venezuela ou si l’on pense à la période de la guerre froide, la défense contre le communisme en Corée ou au Vietnam.

Cependant cette manière de jouer de sa légitimité est à double tranchant. De grands dangers pour cette légitimité sont donc à attendre pour l’administration Trump, découvrez ceci dans la seconde partie de notre article.